dimanche 4 février 2018

Exfiltration.

Bonjour,

Ce titre de billet peut vous faire attendre à la bande annonce du dernier Jason Statham ou Sylvester Stallone mais même si l'adrénaline aura bien été présente, nous resterons plus dans l'angoisse que dans l'action... si vous vous mettez à notre place, je pense que vous nous comprendrez aisément.

C'est vrai qu'il n'y a plus eu d'articles dans ce blog pendant un bon semestre, même s'il y a eu quelques sorties. Nous aurions pu écrire nos aventures de ces derniers mois dont en résumé:
1) une sortie à l'Orphéa en soirée mixte à retrouver cette ambiance aussi chasseresse des hommes seuls qui ne comprennent pas que lorsque l'on dit non à un homme seul qui ne nous plaît pas, c'est non et que ce n'est pas la peine de revenir caresser la Miss quatre fois de suite dans le jacuzzi.
2) une soirée au Taken pour nos 19 ans de vie de couple, avec une bouteille de champagne offerte par notre club préféré, mais vite bue parce qu'un jeudi soir, avec trois couples présents, la soirée se termine vite...
3) les dérives de l'open bar avec une soirée magique encore au Taken Club pour ses 4 années d'existence. Une soirée avec un monde incroyable, mais un open bar certes adorable de la part du club mais dont ceux qui en abusent se retrouvent dans un état pas possible. Et bizarrement, ce sont les femmes qui en ont le plus abusé. Voyant quelques dames ne tenant plus sur leurs jambes et étant obligées de s'asseoir. Mais après, des images de trios excitants à souhaits et quelques petites caresses féminines échangées entre une dame et la Miss font que ça reste une soirée très agréable.

Maintenant, est-ce que toutes ces expériences valent un récit entier. Peut-être pas.

Mais voilà, ce que nous avons vécu vendredi soir, là je le pense, vaut un récit parce que ça peut arriver à tous et c'est, je le pense aussi, la plus grande peur qu'un couple peut avoir.

Revenons donc à nos moutons.

Jeudi midi, je dois m'absenter un jour et demi en Normandie pour un test spécifique professionnel. Nous devons aussi nous rendre à un gala professionnel à Paris le vendredi soir. La Miss s'étonne que je ne lui aie pas proposé de terminer la soirée en club en guise d'after. Je lui réponds que ça ne faisait pas très longtemps depuis notre dernière sortie et que comme elle voulait les espacer, je ne voulais pas l'embêter... son sourire montre quand même une certaine envie, elle sait que l'on n'a pas eu trop de temps de "s'éclater" cette semaine tous les deux. Avant de partir je lui propose donc de s'habiller avec une robe élégante pour le gala et qu'on verra selon son état de fatigue d'aller ou non au Taken Club après la soirée. De cette manière, pas besoin de se changer, et surtout Isa sera contente de ne pas avoir un gros sac à ranger dans son vestiaire. (Le running gag habituel.)

Je rentre de mon petit périple une heure avant de repartir au gala. Elle décide, vu le froid glacial, de mettre un bustier et un jean noir avec chaussures à talons pour le gala et d'emporter tout de même un sac pour se changer là-bas. Tant pis pour Isa qui nous maudira une fois de plus.

Nous partons donc pour ce gala dont on pense qu'il va se terminer assez tôt. Mais en fait, pas du tout. D'un gala que nous pensions ennuyeux, nous nous retrouvons dans une soirée très agréable à discuter avec des collègues, des clients, des gens charmants et la soirée s'éternise jusqu'à minuit où là on nous demande de quitter les lieux. C'est un comble...

Il est donc minuit et nous avons au moins vingt minutes pour arriver au Taken. (Merci madame Hidalgo d'avoir doublé les temps de parcours dans Paris même le soir.) Nous hésitons. Mais la Miss ne dit rien, donc je lui dis, allez, on se lance, on verra bien.

Nous arrivons assez vite sur les lieux. Et nous nous garons à 500 mètres. Nous remontons les berges de la Seine inondées par la crue. C'est impressionnant ce niveau d'eau.

Je regarde la Miss: "C'est bon, je sonne"? Elle me regarde d'un air, "mais qu'est-ce que tu me fais pas faire à cette heure"! Il est minuit et demi. On sonne. Isa nous ouvre... "ben alors les loulous, c'est pas à cette heure qu'on arrive... qu'est-ce qui se passe?" avec un ton humoristique bien entendu. Nous lui expliquons notre soirée... "ah oui, c'est sympa, c'est autre chose, ça reste vertical."... toujours adorable, notre Isa.

La Miss va se changer au fond du couloir comme elle le fait d'habitude. Je commence à discuter au comptoir avec elle. Un couple remonte et vient déposer des affaires au vestiaire. Il fait très chaud en bas. Puis la porte sonne, je vois Alain se dépêcher d'aller ouvrir. Je continue à discuter avec Isa puis je me retourne pour voir qui entre. Là, je vois un couple, un homme la quarantaine avancée chemise violette qui salue Alain, visiblement ils se connaissent. Puis sa femme, la quarantaine également manteau noir, chevelure blonde, athlétique, assez petite, souriante qui semble aussi bien connaître Alain et.... putain, putain, putain, oups, oups, je me retourne discrètement et file vers la salle de bains du fond pour rejoindre la Miss... je frappe à la mauvaise porte, je l'appelle pour qu'elle m'ouvre. Je rentre, et je reverrouille la porte. "Y'a Shirley"... (évidemment, je prends la liberté de changer son vrai prénom.) je vois le visage de la Miss se glacer d'un coup. "Shirley, Shirley, notre Shirley?" (en fait, elle dira son nom de famille mais comme je ne vais pas m'amuser aussi à changer les noms de famille.) "Oui, Shirley vient d'entrer avec son mari et visiblement c'est pas la première fois qu'ils viennent".

Shirley est une personne que nous employons souvent dans notre métier et que nous connaissons depuis très longtemps. Toujours très apprêtée, limite sexy, visiblement adeptes des fêtes et soirées nocturnes, et toute mignonne. J'avais dit à la Miss plusieurs fois: "tu verras, si un jour on doit croiser quelqu'un dans un club, ce sera Shirley, j'en suis certain". Je ne me suis pas trompé. (Quand on l'entend dire: "les Louboutin, c'est fait pour baiser", on se dit que... ben oui, quoi.) Le souci, c'est que dans notre métier, nous parlons beaucoup avec les gens de nos vies respectives, notre métier veut ça, tout le monde se confie un peu selon les affinités. Et avec la Miss, il y a toujours eu pas mal d'affinités. Donc, nous savons pas mal de choses sur sa vie, sur ses enfants, son mari, son travail et par contre, même si nous nous doutions un peu qu'elle devait être assez coquine, nous n'avions jamais eu aucune preuve matérielle. Voilà qui est fait.

La Miss est paniquée, moi aussi mais un peu moins. Elle commence à se rhabiller en me disant: "non, je peux pas, c'est pas possible". Nous prions pour qu'elle descende directement sans nous voir, mais il me semble qu'elle est arrivée en pantalon. J'en suis quasiment certain. Et nous l'entendons parler. Premièrement, ça nous confirme que c'est bien elle, avec son timbre et son rire. Deuxièmement, ça nous confirme aussi que nous sommes piégés parce qu'elle attend pour se changer dans cette salle de bains qui est en fait un couloir à accès unique. Faits comme des rats. Comment faire pour s'en sortir sans qu'elle nous voie. Mission impossible.

Le temps passe (les secondes deviennent des minutes dans ce genre de cas, je pense que vous vous en doutez.) et j'entends Isa qui dit: "mais ils nous ont fait un petit là dedans ou quoi?" Et elle vient sonner à la porte. "Y'a quelqu'un qui veut se changer", dit-elle. On lui demande d'entrer. Elle entre avec nous. On lui explique alors la situation. Que c'est quelqu'un qui travaille avec nous souvent et que ça semble difficile de se croiser. D'ailleurs nous nous disons que la réciproque est sûrement vraie. Nous pensons qu'elle pourrait être aussi perturbée que nous, voire plus, la connaissant très bien. Isa nous dit: "mais j'ai aucune Shirley là, elle s'appelle pas Shirley. Et tu sais, ils sont là toutes les semaines. Ce sont des habitués." Nous sommes un peu sidérés. Jamais nous ne les avons croisés dans toutes nos précédentes sorties, et il y en a eu quelques unes. Maintenant, les dernières s'étaient espacées, donc sont-ils devenus habitués récemment? Question en suspens. Elle ressort les faire attendre un peu. Moi je ressors, je m'approche, discrètement, le mari me voit mais il ne nous connaît pas, donc il reste sans rien dire mais se demande un peu ce qu'on fabrique, réaction logique au demeurant. Elle est à sa droite un peu plus en retrait. Je jette juste un regard avant de revenir vers la Miss, pas de doute c'est bien elle. Donc, elle viendrait en club en donnant un faux prénom? On se demande donc si c'est son mari ou quelqu'un d'autre. Le mystère s'épaissit encore ainsi que l'issue de notre aventure. La Miss se rapproche et se dit qu'elle va se cacher dans le vestiaire d'Isa, si ça continue pour qu'elle aille se changer. La situation devient limite pathétique. Mais hors de question qu'elles se voient. La Miss entend Shirley parler, elle semble un peu "pompette". Nous nous approchons et nous mettons à la porte de l'entrée du vestiaire d'Isa. La Miss discute avec Isa depuis le vestiaire, dos au couloir. Isa nous dit "mais c'est pas grave de toute manière. Vous faites ce que vous voulez, mais c'est un peu idiot." Et là, nous entendons Shirley passer et aller directement dans la salle de bains. Aucun regard ne s'est croisé entre nous. Deux possibilités: Elle nous a vus et nous a reconnus et est aussi gênée que nous et n'ose rien faire et part se changer. Ou elle est passée sans nous reconnaître (et de dos, c'est quand même dur de se dire: "mais ce sont eux".) et est partie se changer sereinement.
Juste après son entrée, nous demandons à Isa nos vêtements. Son mari à elle, descendant directement sans sa femme au bar, ce qui nous arrange grandement. Surtout qu'il ne nous a jamais vus. J'entends Isa dire "évacuation immédiate". Je lui demande combien on lui doit, et elle nous fait sortir gentiment sans payer. (Le premier après ça qui critique Isa sur les avis du Taken, je l'étripe.)

Nous repartons donc du Taken sans avoir dit bonjour à Alain, Julie et Lou et rentrons précipitamment. Nous discutons sur le chemin du retour. Déjà, nous nous demandons si c'est vraiment son mari qui était avec elle, après visite de son profil Facebook, oui, c'est bien lui. Donc, assez bizarre: soit Isa s'est trompée, soit elle donne un faux prénom. Nous ne voyons pourtant pas trop l'intérêt.
Après nous discutons déjà du ressenti qu'on aurait eu si on s'était croisés vraiment sans pouvoir faire marche arrière. La Miss me dit que ce n'est pas la voir dans un club qui la dérange, mais de la voir nue ou en action qui change complètement la relation qu'on aurait avec elle.

L'autre problème encore plus épineux dont nous parlons, c'est "et la prochaine fois?". Ils sont visiblement des habitués maintenant et nous avons eu jusqu'ici la chance de ne pas les croiser. Mais à l'heure où ils arrivent, une prochaine fois c'est certain nous y aurons droit, et nous ne pourrons pas nous cacher ou nous enfuir discrètement avec la chance que nous avons eue ce vendredi. Et quelle sera notre réaction d'une part, mais la sienne? Que pourrons-nous nous dire, comment allons-nous réagir? C'est quelque chose qui ne nous était jamais venu à l'esprit en dix ans de sorties. Questions encore sans réponse. Il faudra improviser, mais c'est inévitable et nous n'allons pas demander à Isa de jouer les Ethan Hunt à chaque fois pour nous exfiltrer des lieux sans que personne ne s'en rende compte. La Miss a en tout cas du mal à se voir se faire fouetter sur la croix, nue, comme je le fais souvent et se faire surprendre par notre amie Shirley.

J'avoue que ça nous a pas mal perturbés ce week-end. Ca ne nous a pas empêchés de terminer torridement notre vendredi et de recommencer le samedi devant un feu de cheminée crépitant... notre labrador faisant office de peau de bête malgré les deux inconvénients de l'entendre ronfler et de ne pouvoir nous allonger dessus. Les plaisirs simples restants aussi très souvent les meilleurs.

En attendant, j'espère que ce billet vous aura fait réfléchir à cette situation qui, je pense, vous ferait aussi peur que nous si ça vous arrivait. (Et vos commentaires sont les bienvenus si vous avez déjà vécu cette expérience, votre sentiment nous intéresse. Il me semble que le couple Palaume avait déjà vécu la même expérience.)

Prochaine sortie prévue peut-être à la Saint Valentin... en espérant que... ;)

3 commentaires:

  1. Je n'ai encore jamais croisé en club une personne que je connais de ma vie verticale. Mais j'ai eu l'inverse : à mon travail un client est entré, et m'a reconnu ( moi je ne me souvenais pas de lui ). Il a eu la politesse de m'en parler discrètement, quand ma collègue est partie et ne pouvait pas nous entendre. Nous n'avions fait que nous croiser en club, il ne m'intéresse pas, donc s'en est resté là.
    Par contre ce qui arrive très souvent, et qui est plutôt agréable quand les affinités sont bonnes, c'est de croiser les mêmes personnes d'un club à l'autre, ou d'un club à une soirée privée, " mais tu n'étais pas là bas l'autre jour aussi ? ".
    ( et c'est encore plus drôle pour les gourmand(e)s quand l'autre jour, c'était hier ^^ )

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  2. Je confirme. Nous avons vécu une expérience similaire (http://www.palaume.com/2016/05/Santis.html)

    Moins stressante. malgré tout, j'ai l'impression.

    maintenant que la pression est retombée, comment envisagez vous la suite de vos sorties au Taken? Vous changez de club de référence pour laisser la place à ces habitués ?

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  3. Non, pour l'instant nous allons continuer et nous devrons faire face si ça arrive à nouveau. (On s'en est sorti avec une chance insolente cette fois.)
    Nous n'avons que ce club pour l'instant à notre goût sur Paris, nous connaissons bien l'équipe, et franchement, c'est peut-être aussi pour ça qu'ils viennent ici.
    Je pense que nous avons été pris de court. Maintenant que nous nous y attendons, elle sera sûrement beaucoup plus choquée que nous la prochaine fois. Qui vivra verra. Il faudra discuter et peut-être instaurer des règles si nous devons cohabiter un jour dans ce lieu. Ca peut être une expérience intéressante également. ;)
    Et vous, vous n'avez jamais revu la personne en question? (Je vais relire le post, mais il me semble que c'était une dame.) Aucune peur que ça se reproduise?

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